Bus électriques : Nairobi et Addis-Abeba ouvrent un corridor inédit
Un bus électrique entre Nairobi et Addis-Abeba ouvre une nouvelle étape pour la mobilité durable en Afrique de l’Est, entre infrastructures, investissements et défis transfrontaliers.

Relier deux capitales africaines avec un bus électrique sur près de 1 600 kilomètres : l’ambition dépasse largement la performance technique. Elle pose une question essentielle pour l’avenir du transport sur le continent : les infrastructures de mobilité propre peuvent-elles désormais fonctionner à l’échelle régionale, au-delà des frontières nationales ?
C’est le pari engagé par Kenya Power, Advanced Mobility Africa et BasiGo, dont la collaboration a été annoncée à l’occasion du Nordic-Africa EV Summit, organisé à Addis-Abeba à partir du 14 septembre.
Le projet prévoit une liaison entre Nairobi et la capitale éthiopienne, avec un véhicule assemblé à Thika, au Kenya. Kenya Power doit notamment contribuer à l’installation des équipements de recharge nécessaires sur le parcours.
Cette initiative s’inscrit dans la continuité d’une première expérience menée en 2025, lorsqu’un convoi de voitures électriques avait emprunté le même itinéraire. Mais faire circuler un bus destiné au transport de passagers représente un défi d’une autre dimension : respecter des horaires, garantir l’autonomie du véhicule et organiser les recharges sur une route qui ne dispose pas encore des stations nécessaires.
L’enjeu est désormais moins de démontrer que le véhicule électrique peut rouler que de construire les conditions permettant à une liaison commerciale transfrontalière de fonctionner.
Éthiopie et Kenya : deux trajectoires, une même ambition
L’Afrique de l’Est ne découvre pas cette transition. En 2024, l’Éthiopie a interdit l’importation de véhicules fonctionnant aux carburants fossiles, devenant le premier pays à adopter une telle mesure. Cette orientation répond à deux réalités économiques et énergétiques : des subventions annuelles aux carburants estimées à 447 millions de dollars et une production électrique reposant à 90 % sur l’hydroélectricité.
Le pays développe parallèlement ses infrastructures. Addis-Abeba compte déjà 110 bus électriques en circulation et environ 100 points de recharge publics. Une voie dédiée aux déplacements urbains, longue de 15,3 kilomètres, est également en construction. Soutenu par l’Agence française de développement à hauteur de 87 millions d’euros, soit environ 100,4 millions de dollars, le projet doit être mis en service en 2027.
À l’horizon 2030, les autorités visent 2 230 points de recharge et un parc de 500 000 véhicules électriques. Ces objectifs traduisent une volonté de structurer progressivement un écosystème national autour de la mobilité électrique.
Au Kenya, la transformation prend également de l’ampleur. Nairobi prépare un programme d’infrastructures de 377 millions de dollars, financé avec le concours de l’Union européenne, de la Banque européenne d’investissement et de l’AFD. Entre 2023 et mai 2025, le nombre de véhicules électriques recensés dans le pays est passé de 2 694 à 9 047, soit plus du triple.
Le transport électrique change d’échelle
La dynamique dépasse désormais le seul axe Nairobi-Addis-Abeba. En Tanzanie, Dar es Salaam dispose d’un réseau de bus rapides couvrant 64,8 kilomètres. Lancée en 2025, sa deuxième phase doit permettre d’accueillir jusqu’à trois millions de voyageurs par jour.
En Afrique australe, un convoi électrique a également relié Lobito, en Angola, à Lusaka, en Zambie, sur une distance de 2 440 kilomètres en avril 2026. Ces initiatives illustrent l’intérêt croissant pour les corridors électriques, capables de connecter les marchés et de tester de nouveaux modèles de transport.
À l’échelle continentale, plus de 200 entreprises sont actives dans la mobilité électrique. Le segment des bus électriques affiche une croissance annuelle annoncée de 44 %. Ces indicateurs témoignent d’un secteur en développement, même si son expansion dépend encore de la disponibilité des infrastructures et des investissements.
Le véritable défi : faire fonctionner le corridor
Pour Kenya Power, cette liaison constitue aussi une occasion de valoriser son savoir-faire. L’entreprise a multiplié par 113 ses recettes liées à la recharge en trois ans. De son côté, BasiGo, basée à Nairobi, ambitionne de déployer 1 000 bus d’ici 2027.
Mais les ambitions commerciales devront composer avec des réalités concrètes : harmonisation des équipements, procédures douanières, coordination entre opérateurs et partage des responsabilités de part et d’autre de la frontière.
Le Nordic-Africa EV Summit, soutenu notamment par les ambassades de Suède, de Norvège, de Finlande et du Danemark, ainsi que par l’Union africaine et la coopération allemande GIZ, témoigne de l’intérêt international pour ces enjeux.
Le trajet Nairobi-Addis-Abeba pourrait ainsi devenir un test grandeur nature de l’intégration énergétique africaine. Sa réussite dépendra moins de la symbolique du premier voyage que de la capacité à transformer cette expérience en une liaison fiable, reproductible et économiquement viable.
Car la prochaine étape de la mobilité électrique africaine ne consiste plus seulement à faire rouler des véhicules propres, mais à relier durablement les territoires.
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