AFG Bank Cameroun : 13,1 milliards FCFA pour les PME africaines
AFG Bank Cameroun et la SID préparent une ligne de financement islamique de 20 millions d’euros pour les PME du Cameroun, du Gabon et du Tchad.

Le financement des petites et moyennes entreprises franchit une nouvelle étape avec une opération à dimension régionale. À Bakou, le 18 juin 2026, AFG Bank Cameroun et la Société islamique pour le développement du secteur privé (SID, ou ICD en anglais) ont signé une term sheet portant sur une future ligne de financement islamique de 20 millions d’euros, soit environ 13,119 milliards de FCFA.
Une enveloppe appelée à soutenir les PME du Cameroun, du Gabon et du Tchad, mais dont les contours restent encore à préciser.
Une promesse de financement, pas encore un décaissement
Le premier enseignement se trouve dans la nature même de l’accord. La signature d’une term sheet constitue une étape préparatoire : elle ouvre la voie à la mise en place de la facilité, sans équivaloir à un transfert immédiat de fonds. La SID parle d’ailleurs d’un accord conclu « en vue de la mise en place » de la ligne.
Autrement dit, les 13,1 milliards de FCFA annoncés ne sont pas encore une manne disponible pour les entrepreneurs. À ce stade, ni la date de mobilisation, ni la durée de la facilité, ni son coût, ni les garanties qui pourraient être exigées d’AFG Bank Cameroun ne sont communiqués. La prochaine étape sera donc déterminante : transformer l’intention financière en ressources effectivement mobilisables.
Le Cameroun ne recevra pas nécessairement 13 milliards
Autre nuance importante : le montant annoncé concerne trois marchés. Cameroun, Gabon et Tchad sont tous visés par le dispositif. Il serait donc prématuré de présenter les 13,119 milliards de FCFA comme une enveloppe exclusivement destinée aux PME camerounaises.
La SID ne précise pas, dans son communiqué du 1er juillet 2026, comment les ressources seront réparties entre les trois pays. Elle ne détaille pas non plus le mécanisme par lequel AFG Bank déploiera les financements sur ces différents marchés. Pour les entreprises camerounaises, l’enjeu réel ne sera donc pas le montant affiché, mais la part qui leur sera effectivement accessible et les conditions d’accès qui seront retenues.
Des secteurs stratégiques dans le viseur
Si l’opération aboutit, les financements devraient cibler des projets à moyen et long terme dans quatre secteurs : l’agro-industrie, le transport, l’énergie et la santé. Ce choix n’est pas anodin. Il place la future facilité sur des activités capables de nécessiter des investissements importants et de produire des effets durables sur l’économie réelle.
La SID estime par ailleurs que le dispositif pourrait contribuer à créer plus de 2 200 emplois et à renforcer la participation des femmes à l’activité économique. Il s’agit toutefois d’une projection. L’institution ne fournit pas, à ce stade, la méthode de calcul, l’horizon temporel retenu ou la répartition prévisionnelle des emplois entre le Cameroun, le Gabon et le Tchad.
Pourquoi cette ligne compte pour les PME camerounaises
Derrière les chiffres de l’annonce se trouve une difficulté structurelle : l’accès au financement demeure un frein majeur pour les entreprises. Les données de la Banque mondiale donnent une idée de l’ampleur du problème. Dans son profil Cameroun 2024 des Enterprise Surveys, publié en 2025, l’institution indique que, parmi 615 entreprises formelles non agricoles employant au moins cinq salariés, l’autofinancement représentait 73 % des investissements en actifs fixes, contre seulement 13 % pour les crédits bancaires.
Le contraste est particulièrement révélateur. Les PME doivent largement compter sur leurs propres ressources pour investir, alors même que leurs besoins de capitaux peuvent dépasser leurs capacités financières. Chez les petites entreprises de 5 à 19 salariés couvertes par l’enquête, 42 % déclaraient disposer d’un prêt bancaire.
La finance islamique pourrait ainsi ouvrir une voie supplémentaire, à condition que la future ligne soit effectivement décaissée et accessible aux entreprises ciblées. Pour AFG Bank Cameroun, l’enjeu sera également de transformer ce partenariat avec la SID en financement concret de l’économie.
Au fond, le chiffre de 13,1 milliards de FCFA impressionne. Mais la véritable mesure de cette opération se fera plus tard : à l’aune des montants effectivement mobilisés au Cameroun, du nombre de PME financées, des secteurs touchés et des conditions proposées. Pour l’instant, Bakou a surtout posé la première pierre d’un financement régional dont l’impact reste à construire.
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